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Science/Psychologie/Indépendance ou addiction sexuelle

 

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 Indépendance ou addiction sexuelle _________________________________________

Selon le psychanalyste Jean-Benoît Dumonteix, cette addiction concerne 5 à 10% de la population et surtout les hommes avec un ratio de cinq hommes pour une femme. Elle touche surtout les grands dépressifs. "La dépendance sexuelle se traduit par une consommation répétée, durant plus de six mois d’affilée, d’un ou plusieurs supports sexuels (films porno, sexe tarifé, masturbation compulsive, réalisation de fantasmes…) en réponse à un stress ou à un état dépressif." explique Laurent Karila psychiatre à l’hôpital Paul Brousse de Villejuif (Val de Marne), spécialiste des addictions. "Ce n’est pas grave de regarder un porno ou de se masturber ! Ce qui est problématique, c’est de penser que la vision d’un film porno, ou que le passage à l’acte sexuel, va servir d’antidépresseur ou d’antalgique. Les dépendants sexuels utilisent le sexe comme une drogue." En gros vous n'êtes pas forcément un malade sexuel parce que vous pratiquez l'onanisme, même si vous le faites fréquemment. En revanche si vous le faites pour vous calmer ou pour compenser un manque, c'est plutôt mauvais signe. Le "sex addict", loin d’être un simple amoureux de la chair, fait face à une dévorante dépendance, à l'instar des autres toxicomanes. Une addiction conduit à l’isolement social, et à un comportement dangereux pour lui-même et pour ses proches. La dépendance sexuelle n'est pas encore référencée par le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) au même titre que l'alcoolisme ou la prise régulière de drogues. Le concept de dépendance sexuelle a été introduit pour la première fois au milieu des années 1970 à Boston par un membre des Alcooliques anonymes (Al Anon). Cette maladie a ensuite fait l'objet d'un ouvrage de Patrick Carnes en 1980 intitulé Out of the Shadows: understanding Sexual Addiction. Il existe deux types d'addictions : les addictions/dépendances avec produit, et les addictions sans produit. L'addiction sexuelle fait partie des addictions dites "sans produit". Selon le Dictionnaire des addictions de Laurent Karila, l'addiction sexuelle est définie comme "une addiction comportementale dont il existe différentes présentations cliniques comme la masturbation compulsive, la drague compulsive, la consultation compulsive de sites internet X, de journaux ou de services téléphoniques à caractère pornographique, de sex shops, de peep shows, de bars lap-dance et l'hypersexualité" (sexualité compulsive).

La dépendance sexuelle, comme toute dépendance, comporte des phases (ou cycles). Ils sont au nombre de 4, et s'intensifient à chaque répétition :

  • Phase d'obsession (champ psychique dominé par les préoccupations de recherche de stimulations sexuelles) ;
  • phase de ritualisation (précède l'acte sexuel) ;
  • phase compulsive (exécution de l'acte sexuel précis, et le sujet ne peut pas arrêter ou dominer son comportement) ;
  • phase de désespoir (sentiment d'impuissance devant le comportement).

Finalement le court moment de plaisir durant l'orgasme semble se payer très cher avant et après l'acte sexuel. Selon le docteur Aviel Goodman, les critères de la dépendance sexuelle sont « la perte de contrôle et la poursuite du comportement pathologique malgré la connaissance de ses conséquences négatives pour l'individu ». Comme toute addiction, la dépendance sexuelle est dissimulée à l'entourage du sujet. Celui-ci s'adonne donc seul à son addiction, pouvant alors éprouver de la culpabilité et pouvant souvent privilégier son addiction à son entourage. L'addiction sexuelle est une réelle maladie du système de récompense, et peut être très négative pour le sujet, parfois mener au décès de celui-ci, notamment en cas de conduites dites « à risques » qui peuvent entraîner la contamination par le VIH, ou par le virus de l'hépatite. Des dépendants sexuels ont perdu leur travail à cause de leur consommation d'internet au bureau. L'addiction sexuelle est perçue comme étant, quelquefois associé au trouble obsessionnel compulsif (TOC), au trouble de la personnalité narcissique et la dépression maniaque. Une personne souffrant de dépendance sexuelle sera avant tout en recherche des sensations libérées par l'acte sexuel, souvent obtenues au moment de l'orgasme. En effet, l'orgasme sexuel apporte une récompense au cerveau : il libère des endorphines, provoquant ainsi un profond bien-être. Cependant il n'est pas toujours nécessaire qu'un orgasme ai lieu pour que la personne dépendante ressente une sensation d'apaisement total : la masturbation, l'acte de faire quelque chose de sexuel (préliminaires, caresses) ou même tout simplement le fait de voir ou d'imaginer une situation excitante peut suffire à déclencher le processus du "shoot" sexuel. Le "shoot" (terme utilisé par les personnes dépendantes, mais non reconnu publiquement dans le cadre du sexe) est une réaction qui se déclenche pendant et/ou après l'acte sexuel. Il se caractérise par un état euphorique, un profond bien-être, un détachement des soucis en général : des sensations proches de celles obtenues par la prise d'héroïne. Cette sensation peut durer 30 minutes voir plusieurs heures. Selon la dépendance de la personne, la réaction est plus ou moins forte. Cet état peut aussi se traduire par des réactions physiques minimes, comme la dilatation des pupilles ou l'augmentation du rythme cardiaque. La personne dépendante au sexe sera donc sans cesse en recherche de cet apaisement, qui l'a poussera à recommencer l'acte sexuel le plus souvent possible ou à multiplier tous types de comportements liés au sexe. Une fois la sensation du shoot disparue, la phase 4 s'installe rapidement qui fermera la boucle de l'addiction, un cycle continu. Ainsi, entre chaque nouveau comportement sexuel, la sensation de manque est fréquente. Le manque est un comportement typique de l'addiction. C'est une réaction psychologique et parfois physiologique douloureuse que ressent la personne dépendante au sexe lorsque le comportement sexuel n'a pas lieu. Le manque peut se traduire par une sensation de vide, de tristesse profonde, de paresse. Chez certaines personnes, il peut provoquer des réactions impulsives comme de l'agressivité, de la peur, de l'hyperactivité ou dans le cas contraire de la passivité, de l'anxiété, des insomnies, des comportement à risques tels que l'automutilation ou la prise de produits (médicaments, alcool, drogue), la boulimie, l'anorexie... La personne dépendante peut avoir plusieurs de ces réactions en même temps lorsqu'elle est en manque, ce qui est très fatiguant et éprouvant psychologiquement. Le manque peut parfois se traduire par des réactions physiques souvent liées à l'anxiété : contractions musculaires, crises d'angoisse, augmentation soudaine ou ralentissement soudain du rythme cardiaque. Dans le cas où le manque devient quasiment insupportable, il peut conduire au suicide. La dépendance sexuelle, véritable maladie du système de récompense, peut être soignée à l'aide de la psychothérapie et de groupes de paroles. Elle trahit d'autres problèmes plus profonds qu'il est urgent et important de traiter en psychothérapie ou en psychanalyse lorsque le sujet a admis qu'il/elle est dépendant sexuel et qu'il/elle ne peut pas s'en sortir seul(e). Patrick Carnes a créé, dans les années 1990, un questionnaire en 25 points afin de dépister les personnes en état d'addiction au sexe. C'est un questionnaire aux réponses fermées oui/non. Des centres comme le Rhind Practice à Londres proposent des séjours de "désintoxication" ainsi que des groupes de parole thérapeutique; le site web de Patrick Carnes (en) est aussi très bien documenté. À Paris, Jean-Benoît Dumonteix, psychanalyste et addictologue spécialisé en dépendance sexuelle et affective, effectue des consultations pour les dépendants sexuels. S’il y a encore peu d’études sur la question, des facteurs communs à tous les dépendants sexuels peuvent cependant être établis. Excessivement sensibles à la recherche de sensations et de nouveautés, ils peuvent également avoir été exposés précocement à des supports érotiques, ou avoir subi des maltraitances dans l’enfance. Attention au grand frère voulant éduquer trop tôt son cadet en lui montrant des vidéos "adultes", ce n'est pas forcément un service à lui rendre. 80% des dépendants sexuels sont en couple. Ils viennent d’ailleurs souvent consulter suite à une crise conjugale, liée à leur addiction."Le comportement addictif sexuel peut également s’accompagner de la prise de drogues qui leur permettent d’améliorer leurs performances, ou de se désinhiber." Pour diagnostiquer la pathologie, un questionnaire d’évaluation sexuelle, le SAST (Sexual addiction screening test) a été mis au point par une équipe américaine.

 

Questionnaire d’évaluation de l’addiction sexuelle en 20 questions

Réponses en oui/non : 13 réponses positives ou plus suggèrent fortement une addiction sexuelle…

  • A-t-on abusé de vous sexuellement, pendant l’enfance et l’adolescence ?
  • Êtes-vous abonné(e) ou achetez-vous régulièrement des revues érotiques ?
  • Vos parents ont-ils eu des problèmes sexuels ?
  • Êtes-vous souvent préoccupé(e) par des pensées sexuelles ?
  • Avez-vous le sentiment que votre comportement sexuel n’est pas normal ?
  • Est-ce que votre conjoint(e) s’inquiète ou se plaint de votre comportement sexuel ?
  • Avez-vous du mal à arrêter votre conduite sexuelle lorsque vous savez qu’elle est inappropriée ?
  • Vous sentez-vous mal à l’aise vis-à-vis de votre comportement sexuel ?
  • Est-ce que votre comportement sexuel a causé des problèmes pour vous-même ou votre famille ?
  • Avez-vous cherché assistance pour un comportement sexuel que vous n’aimiez pas ?
  • Avez-vous eu peur que les gens apprennent votre conduite sexuelle ?
  • Avez-vous fait du mal aux autres émotionnellement par votre conduite sexuelle ?
  • Certaines de vos activités sexuelles sont-elles hors la loi ?
  • Vous êtes-vous promis à vous-même de cesser certain comportements sexuels ?
  • Avez-vous fait des efforts pour renoncer à certains comportements sexuels sans réussir ?
  • Devez-vous cacher certains de vos comportements sexuels ?
  • Avez-vous essayé de cesser certains comportements sexuels ?
  • Pensez-vous que certains de vos comportements sexuels ont été dégradants ?
  • Le sexe a-t-il été pour vous une manière d’échapper à vos problèmes ?
  • Êtes-vous déprimé(e) après un rapport sexuel ?
  • Avez-vous senti le besoin de cesser certaines formes d’activité sexuelles ?
  • Est-ce que vos activités sexuelles ont perturbé votre vie familiale ?
  • Avez-vous eu des rapports sexuels avec des mineurs ?
  • Vous sentez-vous dominé(e) par vos désirs sexuels ?
  • Pensez-vous que vos désirs sexuels sont plus forts que vous ?

 

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