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 2001, l'odyssée de l'espace _________________________________________________________

 

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Synopsis

A l'aube de l'Humanité, dans le désert africain, une tribu de primates subit les assauts répétés d'une bande rivale, qui lui dispute un point d'eau. La découverte d'un monolithe noir inspire au chef des singes assiégés un geste inédit et décisif. Brandissant un os, il passe à l'attaque et massacre ses adversaires. Le premier outil est né. En 2001, quatre millions d'années plus tard, un vaisseau spatial évolue en orbite lunaire. A son bord, le Dr. Heywood Floyd enquête secrètement sur la découverte d'un monolithe noir qui émet d'étranges signaux électromagnétiques vers Jupiter. 18 mois plus tard, les astronautes David Bowman et Frank Poole font route vers Jupiter à bord du Discovery. Les deux hommes vaquent sereinement à leurs tâches quotidiennes sous le contrôle de HAL 9000, un ordinateur doué d'une intelligence exceptionnelle. Cependant, HAL, sans doute plus humain que ses maîtres, commence à donner des signes d'inquiétude : à quoi rime cette mission et que risque-t-on de découvrir sur Jupiter ?

 

Bande-annonce

 

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Analyse : un film métaphysique

Le film explore l’avenir que l’Homme s’est construit. 2001: L’Odyssée de l’Espace s’éloigne du scénario original de Arthur C. Clarke. Pour lui, le thème global du scénario est de montrer l’humanité conduite dans une évolution perpétuelle par des forces extraterrestres jamais nommées mais bien présentes. En 1968, les États-Unis et l’Union Soviétique sont en pleine course vers la Lune. Depuis 1961, les deux nations envoient des vaisseaux habités autour de la Terre, mais à la sortie du film personne encore n’a jamais atterri sur la Lune; ce n’est qu’en juillet 1969 qu’Armstrong marchera sur la Lune avec la mission Apollo. L’intérêt que porte la population aux astronautes et aux voyages dans l’espace est à son apogée. Kubrick s’est donc méticuleusement documenté sur les dernières technologies et offre une vision quasi documentaire des voyages spatiaux. Avec l’aide d’ingénieurs de la NASA. Kubrick avait ce souci de crédibiliser les moindres détails des voyages spatiaux; d’ailleurs les maquettes de Douglas Trumbull ont un côté ultra-réaliste, et leur ballet sur la valse de Johann Strauss est une merveilleuse féerie visuelle.

 

La vie primitive des singes est bouleversée par la découverte d’un monolithe, interprété comme le divin. Ils hésitent à s’en approcher, tournent autour (la caméra suit le mouvement des singes : le spectateur s’approche du monolithe en même temps que le singe), puis un des primates finit par le toucher.

 

Il semble qu’à ce moment, le singe acquiert une intelligence supérieure à celle des autres animaux. En effet, il découvre par la suite que l’os peut être utilisé comme objet, puis comme arme. Le monolithe lui aurait donc transmis une forme d’intelligence. De ce fait, Kubrick montre que l’évolution de l’Homme ne peut se faire que par la voie de la violence : les plus intelligents auront toujours le dessus – intelligence sous-entendant puissance (contre-plongée). Par cela, nous pouvons supposer que Kubrick nous donne une vision très pessimiste de l’évolution de l’Homme : le progrès de l’Humanité n’est donc possible que par l’utilisation des armes, la violence, la guerre.

 

 

Quatre millions d’années d’Histoire sont résumées par la plus grande ellipse de l’histoire du cinéma : l’os est lancé en l’air et se transforme en vaisseau spatial. Cette transformation est la métaphore de l’évolution de l’homme.

 

Nous passons à la deuxième partie du film, en 2001. Quand les astronautes découvrent le monolithe sur la Lune, ils hésitent – tout comme les singes – à le toucher, ayant peur de l’inconnu. Kubrick cherche à démontrer qu’en 2001 les hommes auront les mêmes réactions que des primates – face à quelque chose qui les dépasse complètement.

 

Dans la troisième partie du film, l’Homme voyage vers Jupiter pour une mission inconnue. Ici entre en jeu un nouvel élément représentant l’évolution de l’Homme : HAL9000. Seul, cet ordinateur connaît le but de la mission, et lui seul dirige le vaisseau Discovery, ainsi que les membres de l’équipage. A la différence des machines actuelles, HAL simule des sentiments et son corps, le vaisseau, ressemble formellement au corps d'un être humain avec une colonne vertébrale et une tête.

 

La scène du mat de HAL ne dure qu’une trentaine de secondes. Franck Poole, l’un des deux astronautes du vaisseau Dicovery, joue aux échecs contre l’ordinateur HAL. De sa voie monocorde, HAL annonce un mat en trois coups. Poole abandonne et reconnaît la supériorité de la machine sans discuter. Stanley Kubrick savait que dans la culture occidentale les échecs représentent le jeu intelligent par excellence. Montrer HAL écrasant son adversaire visait donc à prouver le degré supérieur d’intelligence de cet ordinateur. Pour cette courte séquence du film, Kubrick a repris une partie d’échecs disputée en 1913 à Hambourg par deux joueurs allemands. Cette partie est devenue culte car elle présente un mat simple et spectaculaire avec un sacrifice de dame. La scène commence par l’erreur fatale de Frank Poole, qui est tombé dans le piège tendu par HAL. En effet, en conduisant Poole dans ce piège, HAL exploite son manque d’expérience. La capacité de HAL à tendre des pièges est le signe d’un joueur subtil, doué de raison… Autre point surprenant : dans l’annonce du mat, HAL se trompe sur la dénomination d’une case. Mais Franck Poole ne relève pas l’erreur et il ne s’aperçoit pas que quelque chose ne tourne déjà plus rond chez HAL…

Lorsque les astronautes évoquent sa déconnexion, suite à une erreur de pronostique de sa part (qu’il, étant parfait, n’était pas sensé faire) il nous livre des sentiments : la paranoïa et la peur, ce qui le pousse à entreprendre l’élimination les astronautes. HAL, qui est sensé être une entité rationnelle et logique, développe un instinct de survie, tuant délibérément 4 membres de l’équipage sur 5 dont 3 en hibernation ; Dave arrive à vaincre HAL. Ce sont en même temps des crimes prémédités, réfléchis, et d’autodéfense. On discerne donc une autre caractéristique humaine : HAL préfère commettre l’injustice que de la subir. En effet, HAL est tout puissant dans le vaisseau : il dirige tout, et lui seul connaît l’objet de la mission. Les scientifiques ont mis toute leur confiance en lui puisqu‘il est parfait.

 

 

Kubrick réussit à nous émouvoir lors de la scène de l’agonie de HAL. Étant une machine, il devrait nous laisser indifférents de par son aspect froid et inhumain. Seulement une série d’éléments le ramène à un semblant d’humanité. Tout d’abord, sa représentation extérieure : la lentille renvoie à l’œil humain. Ensuite, sa voix monocorde assure un semblant de conversation avec les astronautes, et il fait attention à ne jamais porter atteinte à leur susceptibilité. HAL se révèle être un ordinateur zélé et dévoué à sa mission. Dave remporte le duel Homme/Machine. Ce qui l’amène à ce que Nietzsche appelait le statut " d’être suprême ". L’évolution de la science nous est mise en évidence parallèlement à l’évolution de l’intelligence de l’Homme, de sa capacité de création, son instinct violent, sa volonté de dominer, qui l’amèneront à vouloir atteindre la suprématie. L’Homme fini par être dominé par sa propre science, ici symbolisée par HAL. Le retournement de situation provoqué par le retour en force de Dave est digne du combat David/Goliath : HAL, qui est aussi le Discovery, contre Dave qui n’a pour arme qu’une clé de la taille d’un lance-pierres. Le plan précédant l’entrée de Dave dans le vaisseau montre l’immensité de HAL face à la ridicule capsule.

 

 

Le dénouement de ce combat nous laisse perplexes : HAL se repent, avoue avoir peut être commis une ou deux fautes ; Dave quant à lui reste impassible, et à la fin de l’agonie l’encourage même à chanter une chanson. HAL est plus pathétique que jamais, on fini par avoir pitié de lui, alors qu’il nous donnait des frissons quelques instants auparavant. Dave a visé juste, il n’aurait eu aucun espoir contre HAL, sauf si il s’attaquait directement à son " cerveau ". C’est cette scène qui nous montre que HAL est humain, qu’il sait utiliser tel ou tel sentiment à un moment donné, mais que ces sentiments ne sont que des sentiments " appris ".

Seul un Homme réussira à prendre le dessus sur cette machine et atteindra l’apogée de l’évolution de l’Homme, l’état de surhomme, comme le dit la théorie du surhumain par Nietzsche. Dave va ensuite entrer dans un univers psychédélique, vieillira de vingt ans toutes les deux minutes et finira par se transformer en foetus astral…C’est l’éternel retour définit par Nietzsche.

 

 

Pour conclure, en écrivant avec Arthur C. Clarke le script de 2001: L’Odyssée de l’Espace, Stanley Kubrick donna naissance à une oeuvre majeure du cinéma, une fable métaphysique aux images saisissantes. Dans ce film, comme dans tous ses films, Kubrick a une approche essentiellement philosophique : il pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. Kubrick anticipe avec un réalisme étonnant les progressions technologiques du XXIe siècle et les projets actuels sur la conquête de l’espace. Dans son souci de réalisme, Kubrick se rapproche de films comme Destination Lune (1950) réalisé par Irving Pichel. Dans 2001: L’Odyssée de l’Espace, il apporte un soin minutieux pour montrer la vie quotidienne à bord d’un vaisseau spatial dans ses moindres détails et va jusqu’à poser des questions existentielles sur l’Humanité…

 

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Secrets de tournage

2001, l'Odyssée de l'espace est un film de science-fiction ayant suscité beaucoup de commentaires. On l'a par exemple qualifié de fable pessimiste sur l'avenir technicien de l'humanité, de méditation pascalienne sur la solitude de l'homme face au mystère insondable de l'Univers, et de métaphore du trépas et du voyage vers l'au-delà. Kubrick lut la nouvelle d'Arthur C. Clarke, La Sentinelle, et décida de rencontrer son auteur en 1964. Pour ce film, Kubrick réunit une imposante équipe technique : 25 spécialistes des effets spéciaux (dont Harry Lange et Frederick Ordway, tous deux issus de l'industrie spatiale et Brian Johnson), 35 décorateurs de plateau et 70 autres techniciens. La salle de commande de Discovery nécessita un fort investissement financier car l'équipe du film dut construire une centrifugeuse gigantesque pesant près de 30 tonnes, d'un coût de 750 000 $. Le tournage commença le 29 décembre 1965 (par la scène de la découverte du monolithe dans le cratère de Tycho) et se déroula sur sept mois. La postproduction nécessita deux ans de travail supplémentaire. Alors que le budget initialement prévu était de six millions de dollars, il dépassa les dix millions de dollars, ce qui s'explique, en partie, par l'utilisation d'effets spéciaux dans 205 plans du film. 2001 explora de nombreuses techniques d'avant-garde en matière d'effets spéciaux et fut notamment à l'origine du motion control. L'ensemble des éléments scénaristiques et des décors firent l'objet d'une attention toute particulière et plusieurs scientifiques et experts en matière d'exploration spatiale coopérèrent. Le coût des effets spéciaux représentera au final 60% du budget total du film. Stanley Kubrick a progressivement élagué son projet de départ, la durée d'origine étant encore plus longue (158 minutes) que le final cut, (139 minutes). Son objectif initial était de produire le premier long-métrage de science-fiction doté de décors réalistes, qui ne soient pas décelables à l'écran, dont l'argument serait un scénario fondé sur des postulats et un futur proches et crédibles, cautionnés par des scientifiques. Il s'entoura pour cela de conseillers irréprochables, tant dans le domaine des industries de pointe de l'époque (hibernation, « cerveaux électroniques », astronautique, etc.), de la paléontologie que de l'hypothèse de l'intelligence extraterrestre. Une première version du film prévoyait ainsi un prologue quasi documentaire fait d'interviews de savants et de voix off explicatives. Le Beau Danube bleu accompagnant les vaisseaux spatiaux en orbite circumterrestre est adopté par Kubrick parce qu'un technicien avait mis le disque pendant que l'équipe visionnait les rushes en salle de montage : cette musique s'avère coller à merveille. Il en va de même pour les bruits oppressants de respiration et le silence de l'espace : simple conformité à la réalité des conditions du vide spatial. Cela n'avait jamais été fait avant, et ne fut quasiment jamais refait par la suite : dans presque tous les films « spatiaux », le grondement des moteurs résonne dans le vide de l'espace, ce qui est une aberration physique. Par ailleurs, un optimisme sans faille entourait alors la conquête de l'espace (2001 sortira un an avant la première mission spatiale à avoir conduit un homme sur la Lune). Les médias étaient peuplés d'engins spatiaux soviétiques et américains, de vues d'artistes de futures bases lunaires et de photos de la Lune prises par les atterrisseurs Surveyor et Ranger. La grande roue orbitale de 11,59 mètres de diamètre et sa gravité artificielle initiée par la force centrifuge, est un concept envisagé par Wernher von Braun dans les années 1950. Quant à la mission Explorer 1, elle s'apparente de près au Projet Orion de 1958, qui prévoyait l'emploi de l'énergie nucléaire pour la propulsion et revendiquait « Saturne dès 1970 ». Enfin la navette empruntée par le savant Heywood Floyd ressemble bien plus au Concorde ou au X15, et son poste de commande est une quasi-copie de celui de la capsule Apollo. Le choix de la messe de Requiem (messe des morts) de György Ligeti, l'une des œuvres musicales majeures du XXe siècle, pour accompagner les scènes où les mystères de l'univers enveloppent totalement l'action, et la religiosité trouble qui en résulte sont délibérés. Et de fait, les transpositions d'archétypes religieux ou métaphysiques abondent dans 2001 : naissance de l'humanité sous la tutelle d'une puissance transcendante (qui, comme dans la Genèse, donne lieu au premier meurtre), mort de l'entité consciente HAL 9000, métaphore de l'être face au néant, descente de « l'enfant des étoiles » auréolé vers la Terre… Le « voyage » de David Bowman dans le « tunnel » rappelle fortement les NDE de Raymond Moody, jusqu'à la scène finale dans cette suite d'hôtel totalement improbable, qui présente de nombreuses analogies, par l'évocation de la hantise et de la relativité du temps, avec Les Fraises sauvages de Ingmar Bergman (l'horloge sans aiguilles). Il reste à ajouter qu'à sa sortie en 1968, on voit l'arrivée du LSD et autres drogues hallucinogènes. La centrifugeuse du vaisseau Discovery donne lieu à des effets surprenants, comme le jogging de Poole dans son couloir circulaire. L'acteur semble défier les lois de la pesanteur en courant indifféremment en haut et sur les parois de ce décor motorisé tournant à près de 5 km/h. Un premier cadrage déroutant présente la roue à l'horizontale. Placée au-dessus de l'axe de la roue, la caméra pivote à 360 degrés avec le décor, qui, de fait, semble statique. L'angle qui suit nécessite une installation plus ardue : Poole poursuit sa course à la verticale comme un hamster dans sa roue, le sol défilant sous ses pieds tandis que la centrifugeuse tourne sur elle-même. La caméra, fixée sur une dolly, est suspendue à 6 mètres sur la paroi par un câble d'acier savamment dissimulé pour rester en position pendant que la roue tourne et pour garder la distance nécessaire avec le jogger. Kubrick dirige ces prises de vues délicates de l'extérieur grâce à un système de télévision en circuit fermé.

L'arrivée de Bowman sur Jupiter, à travers des couloirs de lumière, constitue une expérience visuelle originale. Avec pour seule indication l'illusion de traverser "quelque chose", Trumbull s'inspire de films expérimentaux de Jordan Belson et John Whitney. Il conçoit un dispositif d'animation image par image, développant le procédé de Slit Scan de Whitney. Une caméra de banc-titre munie d'un obturateur à fente filme avec un temps d'exposition prolongé un dessin coloré. Son déplacement pendant l'obturation crée des effets de filage et autres kaléidoscopes de formes abstraites.

Ce film est l'un des plus gros succès de Stanley Kubrick dans le monde : il totalise 120 000 000 de dollars de recettes au box-office mondial. En France, le film attire 3 256 884 spectateurs dans les salles. En 1968, le film obtient l’Oscar des meilleurs effets visuels.

 

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